Pourquoi la première conquête féminine du mont Blanc fut sujet à débat ?

Posted By: Nadine CHARNAY On: Comment: 0 Hit: 7718

Saviez-vous que les pays de Savoie regorgent d’anecdotes étonnantes et de secrets bien gardés ? De Napoléon III à la Patrouille de France, en passant par un âne royal ou une mystérieuse chute de montagne, notre région n’a pas fini de vous surprendre ! 

Chaque mois, nous vous proposons une histoire insolite issue du livre Les Pourquoi des pays de Savoie, un ouvrage où l’auteur Jean-Olivier Viout explore avec passion et précision les curiosités savoyardes. Préparez-vous à découvrir les pays de Savoie sous un nouvel angle… 

Ce mois-ci, découvrons pourquoi la première conquête féminine du mont Blanc fut sujet à débat !

Deux femmes, en effet, purent y prétendre. Chronologiquement la première femme à avoir atteint le sommet du mont Blanc fut une aubergiste du hameau des Pèlerins à Chamonix, Marie Paradis. C’était le 14 juillet 1808, mais dans quel état y parvint-elle ! Tirée, poussée, voire portée par un groupe de guides qui l’avaient incitée à effectuer cette première en venant à bout de sa réticence, Marie Paradis avait atteint le sommet du géant des Alpes dans un semi-coma.

Il fallut attendre trente années pour qu’une alpiniste à part entière réalise, de bout en bout, l’ascension mythique. Elle s’appelait Henriette d’Angeville. Fille de noble lignée, résidant dans le château familial de Lompnes en Bugey, célibataire endurcie, elle avait une passion amoureuse pour la montagne, peu courante à cette époque dans son milieu social. Ayant dépassé la quarantaine, elle avait pris la résolution de partir à la conquête du mont Blanc qui, depuis son adolescence, ne cessait de nourrir ses fantasmes, au point qu’on la brocardait en lui disant que « Le mont Blanc était son amant de glace. »

Après de minutieux préparatifs, flanquée de six guides et six porteurs, la voici partant à la conquête de cet amant, ce lundi 3 septembre 1838. La première nuit est passée aux Grands Mulets. Nul refuge, à l’époque ; elle bivouaque sous une tente. Le lendemain, on ne la reconnaît plus : elle a troqué sa robe longue pour un pantalon, incroyable audace en ce XIXe siècle de la Restauration puritaine.

Mais les difficultés commencent, Henriette d’Angeville refuse toute aide ou assistance. Elle n’attend de ses guides que l’indication de l’itinéraire à suivre. Le mal des montagnes s’empare bientôt d’elle : « Si je meurs avant d’arriver à la cime, traînez-y mon corps et laissez-le là », lâche-t-elle à ses accompagnateurs. Cependant, pas à pas, continuant à repousser toute assistance, Henriette gravit l’arête sommitale. Le 4 septembre 1838 à 13 h 30, elle est sur la cime du mont Blanc. Ses guides la portent en triomphe. En bonne royaliste, elle lève un verre à la santé du comte de Paris, puis elle lâche un pigeon voyageur pour porter la nouvelle dans la vallée. Malheureusement, celui-ci sera abattu par un chasseur des Contamines et finira dans l’assiette du curé des Houches.

Le retour d’Henriette d’Angeville à Chamonix est triomphal. Elle est toujours à pied, son bâton ferré à la main, car elle a refusé d’être portée par un mulet que l’on a conduit à sa rencontre à l’orée de la forêt.

À sa réception par la municipalité de Chamonix, Marie Paradis est présente. Nulle acrimonie chez elle : « Vous êtes la première alpiniste à avoir vaincu le mont Blanc, car je n’ai fait qu’être hissée sur son sommet, en soufflant comme des poulailles qui ont trop chaud » dit-elle à celle qui lui avait succédée sur le toit de l’Europe. Ainsi, Henriette d’Angeville porta-t-elle jusqu’à sa mort, en 1871, le titre de « Fiancée du mont Blanc. »

Retrouvez toutes les anecdotes de notre territoire dans les tomes 1 et 2 des Pourquoi des pays de Savoie !
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